
C’est la troisième édition du bilan annuel de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) sur l’offre de stupéfiants en France. Cette publication centralise l’ensemble des données disponibles sur le sujet. Elle montre les tendances entre 2022 et 2024 pour le cannabis, l’héroïne, la cocaïne, et les stimulants de type amphétaminique (STA) – et en particulier les augmentations des saisies pour les deux derniers – mais aussi la place des produits d’usage médical classés comme stupéfiants (kétamine, prégabaline, morphine…). Elle met par ailleurs en évidence l’adaptabilité des trafiquants, l’évolution des méthodes d’approvisionnement sur le territoire français, et la criminalité associée au trafic de drogues.
L’OFDT regroupe dans cette publication les indicateurs venant de diverses sources (dispositif TREND, forces de l’ordre…) permettant de caractériser l’offre de stupéfiants : quantités saisies, teneur, prix de gros et de détail. L’Observatoire présente ces chiffres pour le cannabis (résine et herbe), la cocaïne, l’héroïne et les STA (MDMA/ecstasy et amphétamine/méthamphétamine), de 2022 à 2024.
Les indicateurs d’offre distinguent trois importantes tendances : l’augmentation des saisies de cocaïne et de STA, la diminution de leur prix réel (tenant compte de l’inflation) et l’augmentation de leur teneur en principe actif. Ceci caractérise un marché de l’offre des stimulants en expansion.
Cannabis : les provenances ne se limitent plus au Maroc et à l’Espagne. Les quantités saisies sont en baisse pour la deuxième année consécutive, mais le taux de THC contenu dans la résine, augmente, et les types de produits au THC se diversifient : confiseries, produits de vapotage, etc. Une tendance inédite est la part croissante des volumes interceptés provenant désormais de Thaïlande, des États-Unis et du Canada – même si le Maroc et l’Espagne demeurent les principaux fournisseurs.
En bus, en avion, en bateau… Les ports français sont en première ligne du trafic de cocaïne (Le Havre, Dunkerque, mais aussi des ports dits secondaires, tels que Rouen, Nantes – Saint-Nazaire/Montoir-de-Bretagne ou Gennevilliers). La voie aérienne, surtout par l’intermédiaire de mules, a aussi largement sa place dans le transport de stupéfiants (en provenance des Antilles, de Guyane, du Brésil, du Pérou et d’Afrique de l’Ouest). Sans oublier le transport routier, qui joue un rôle essentiel dans la circulation des différentes drogues illicites à travers le territoire européen.
L’identification des routes d’approvisionnement est très dépendante de l’activité des forces de l’ordre. De plus, elle ne signifie pas que tout est dirigé vers le seul marché français : c’est toute l’Europe de l’Ouest qui est visée.
Adaptabilité des trafiquants : le marché des drogues illicites se caractérise par sa capacité d’adaptation. Les trafiquants s’adaptent aux consommateurs en termes de canaux de vente (livraison, envoi postal, vente de rue…) et de stratégies marketing inspirées de l’économie légale (outils promotionnels, diversité des modalités de paiement, fidélisation des clients…). De plus, les outils numériques ne sont plus réservés à des publics socialement insérés, mais s’étendent aux personnes précarisées, permettant aux trafiquants d’interagir de plus en plus facilement avec tous les consommateurs.
Les modalités d’approvisionnement des consommateurs sont multiples : points de vente physiques, réseaux sociaux, messageries chiffrées, mais aussi dark markets. Ces places de marché en ligne servent aux consommateurs et aux revendeurs, et les transactions y sont principalement réalisées en cryptomonnaies. Si un haut degré de technicité y est nécessaire, des prix souvent plus bas et une grande diversité de produits disponibles rendent cette méthode d’approvisionnement attractive.
La lutte contre l’utilisation de ces produits est plus que jamais nécessaire, mais elle devient de plus en plus complexe et rude. Il est indispensable d’aller toujours plus loin vers la prévention des risques, auprès des jeunes notamment.
